Sous COMMISSION LITURGIE St Jacques

Homelie Dim 18/02

7ème Dimanche Temps Ordinaire C

Frères et Sœurs,

Nous venons d'écouter la Parole Dieu qui d'ordinaire sans difficulté nous apaise dans certaines situations, nous réconforte au cœur de certains événements, nous donne de la sérénité, de l'assurance, de la paix dans notre vie. C'est ce qui d'ailleurs nous motive à venir boire à la source de Dieu.

Mais aujourd'hui à n'en point douter les paroles du Christ semblent sans liens apparents avec la réalité. L'Evangile de ce jour semble une brillante utopie, quelque chose qu'on ne saurait réaliser, accomplir, atteindre.

D'aucuns diraient que l'Evangile nous donne de voir un Jésus « Utopiste  à souhait, irréaliste, déconnecté de nos situations existentielles… »

Après l'audition, l'écoute d'un tel discours fait de recommandations suivantes :

« Aimez vos ennemis/ faites du bien à ceux qui vous détestent/ bénissez ceux qui vous maudissent/ priez pour ceux qui vous calomnient/ si quelqu'un te frappe sur une joue présente lui l'autre aussi… » Entre autres… nous avions envie de dire à Jésus : « sur ce, nous t'écouterons une prochaine fois » Comme pour dire : « Tu peux tout nous demander sauf ça ! » Ce que Jésus nous demande, en effet, en ce jour, en grande partie semble impensable, inacceptable… « Je veux bien être gentil, mais il ne faut tout de même pas exagérer :

- Tendre la joue gauche quand on m'a giflé sur la droite… (Je n'ai même pas fini de cuver ma douleur et puis d'ailleurs mes mains ne sauraient  rester en chômage technique quand il m'est grandement plausible de rendre mon coup avec pourboire, avec  «   gouassou  »

- Donner ma veste à celui qui prend ma chemise. Et puis quoi encore ?

- Ah oui ! En plus je dois aimer mes ennemis. Ça, c'est la meilleure !

- Plus encore, je dois prier pour ceux qui me font du mal.  C'est le comble !

Ce que Jésus demande semble tellement éloigné des réalités du monde, semble tellement révoltant pour notre sens. Notre monde n'a jamais adhéré à ce message du Christ. . Notre monde ne s'est jamais senti concerné par les recommandations du Christ…

Les crises, les guerres éclatent comme des petits champignons. Notre monde semble une terre fertile, propice à la culture de la guerre des hostilités…Le sang de nombreuses victimes est comme une semence pour la prolifération des guerres…

C'est fou ce que Jésus ose demander. C'est pourquoi, il n'est point écouté. Est-ce que le Christ, d'ailleurs, sait qui est mon ennemi ? Puis-je aimer :

v     Celui qui me veut constamment du mal ? Celui qui a fait du domicile du marabout ou du féticheur sa seconde maison à cause de moi ?

v Celui qui m'a lancé un sort, qui m'a  « poissé  », « gbassé », « attaché »    et depuis belles lurettes, je n'ai pas de travail, de mari, de femme ?

v Celui qui m'a «  cadenassé »  et puis je ne guéris pas de ce mal mystérieux et pernicieux…

v Celui qui  ne cesse de me glisser des peaux de bananes…

v Celui qui est toujours tapi dans l'ombre prêt à me faire des croque-en-jambes, à me tacler…

Celui-là, je dois l'aimer en plus perdre mon temps à prier pour lui…Les enfants diraient ici à Jésus dans un jargon bien propre à eux « C'est pas Toi Jésus ! »

Toi Jésus qui te présentes comme le juste par excellence…la justice : n'est-ce pas de rendre à autrui ce qui lui est dû ? Alors s'il me sert de l'entrée au désert en passant par le plat de résistance le mal, j'en fais autant…

C'est vrai que cette page d'évangile, par ses exigences apparemment démesurées déconcerte et parfois nous décourage. On veut bien. On a la bonne volonté mais c'est difficile. On essaie mais on échoue. Et il se trouve toujours des personnes pour nous décourager : « Moi ça là, je ne peux pas pardonner… ; Tu n'es pas garçon ; ça là tu laisses ! Tu me déçois…Digbeu, prête- moi ta palabre… »

L'humain prend le pas en nous. L'être de chair prend le pas en nous. Nos réactions sont d'abord naturelles. Le Christ dira dans l'Evangile de Saint Jean au chapitre 3 : « Ce qui est né de la chair… »

Naturellement, l'homme rend facilement le bien pour le bien et le mal pour le mal. On est plus prompt à la vengeance. On adhère facilement à la loi du Talion : « Œil pour œil, dent pour dent. »

Tu me rends borgne, je te rends borgne. Tu m'édentes, je t'édente. C'est cette mentalité qui motive la réaction d' Abishaï dans la première lecture. Le roi Saül nourrissait envers le jeune David une jalousie tenace au point qu'il s'était mis à le pourchasser. Un jour dans des circonstances très particulières, David a une bonne occasion de se venger. C'est ce qui pousse son serviteur Abishaï à dire : « Aujourd'hui Dieu a livré ton ennemi entre tes mains…Je vais le clouer à terre avec sa propre lance d'un seul coup, je n'aurai pas à m'y rependre par 2 fois. »

Oui, naturellement, on se venge à la mesure de l'offense subie. Humainement, quand on est offensé, on réagit, on se braque, on riposte…

Mais il faut savoir que la vengeance entraîne la vengeance…C'est pourquoi lors des conflits entre tribus, entre ethnies, il faut massacrer des familles entières, parents et enfants. De la sorte, on empêche toute possibilité de vengeance. Aucun survivant ne doit être laissé.

Oui frères et sœurs,  voici les calculs abominables de la bêtise humaine. Voilà jusqu'où la spirale de la violence peut entraîner la folie des hommes.

L'intolérance signe d'un non amour nous  installe dans un cercle vicieux de violence.
Oui, et là où il y a la violence, il n'y a pas de paix, de joie, d'épanouissement, de développement, en somme de vie. C'est pourquoi, notre Afrique qui a scellé un pacte avec la violence est à la traîne dans le concert de développement des peuples.
Ses seules performances en dehors de l'athlétisme comme l'affirme Bruno Chenu, ce sont les guerres, la violence, les génocides…

La violence entraîne la violence. La vengeance entraîne la vengeance. Voici la logique de notre monde. Dans une telle logique, on ne peut se retrouver que dans une situation de tension continue.

A bien y voir, celui qui est plus réaliste : C'est Jésus. Il donne la solution, le remède, la panacée pour sortir de ces situations infernales, troubles, invivables.

Face à l'actualité remplie de violence, de cruauté, de haine, d'injustice, la réplique de Jésus, c'est « aimer », « aimer tous les hommes sans distinction », « aimer même ses ennemis »,« pardonner » , « ouvrir son cœur  » , « donner sans compter » … Alors la terre deviendra  plus habitable pour tous.

« PARDONNER »… Ce seul mot peut sauver notre monde, nos cités, nos familles. Pardonner quand on est offensé, blessé, humilié par l'autre,est difficile et peut paraître impossible lorsque  la blessure continue de saigner mais il faut savoir que le pardon est libérateur pour celui qui le donne.

Pardonner est un acte de courage et de confiance.

Précisons toutes fois les choses ici. Jésus ne nous demande pas d'être comme des moutons qui se laissent tondre ou abattre sans réaction. Ne confondons pas douceur évangélique « Heureux les doux… » Et lâcheté. Jésus lui-même durant la passion a réagi quand un serviteur l'a giflé pour faire du zèle.

Il a par ailleurs, courageusement tenu tête à Pilate lui signifiant qu'il abusait de son pouvoir en le faisant flageller.

Il faut vaincre la violence par la non-violence en dénonçant, en condamnant…

Aimer son ennemi devient une victoire sur le mal par le bien. C'est la victoire, nous l'avions vu, de David refusant de se venger sur Saül ; la victoire de Jésus sur la croix, celle des grands de ce monde qui avant de mourir pardonnent à leurs bourreaux, la victoire de ces parents qui pardonnent au meurtrier de leur fille…
(Une histoire ;
« Tu n'as pas réussi ta mission, je t'ai envoyé anéantir mon ennemi… »

« C'est ce que j'ai fait, j'ai réussi à en faire un ami… » )

Le chrétien doit faire de son ennemi un ami, le chrétien doit trancher par son agir, par sa vie.

Son comportement ne se modèle pas sur le monde présent. Le monde présent vit généralement de haine, de vengeance. Le modèle du chrétien, c'est  Dieu. Oui bien-aimés,souvent nous cherchons des modèles de conduite pour la façon de vivre,de nous comporter et d'organiser notre vie….Jésus en ce jour répond à notre attente,il nous présente la référence suprême : son Père ; Dieu est le modèle parfait.

Dieu est pour nous  un modèle parfait d'Amour, de miséricorde. Le psalmiste de ce jour le chante : « Dieu est lent à la colère et plein d'Amour… Il n'agit pas envers nous selon nos fautes… »

Si Dieu est notre modèle, de fait nous devrions être nous aussi lents à la colère. Nous ne devrions pas agir envers les autres selon leurs fautes. Le Christ nous exhorte, nous invite dans le même sillage à être miséricordieux comme notre père céleste est miséricordieux.

Dieu est miséricordieux parceque à l'endroit de l'homme pécheur, il se montre patient et tolérant…

Pour nous montrer que ce qu'il nous demande n'est pas au –dé là de nos forces,Jésus nous donne l'exemple : « Père,pardonne-leur,ils ne savent pas ce qu'ils font… »

Frères et sœurs, l'Evangile de ce jour est pour nous un véritable manifeste pour la vie en commun.

L'Evangile de ce jour est pour nous un véritable code de conduite plein de réalisme.

Nous aspirons à la paix, à la tranquillité. La vengeance, la haine ne sauraient nous aider. Le pardon et l'amour, si. Notre amour est appelé à atteindre une ligne frontière : l'amour de l'ennemi. Jésus nous invite à l'extraordinaire. Il nous invite à agir pour un monde nouveau. Sans pardon, le monde n 'a pas d'avenir.

LE PARDON DU CHRETIEN

La scène se passe le 05 octobre 1984, à la cour d'assises de Paris. 1982 Frédéric,19 ans a tué d'un coup de revolver Chantal,19 ans qu'il aimait pourtant ;Le jeune homme n'arrive pas tellement lui-même à analyser les mobiles complexes qui l'ont poussé : «  La tuer me permettait de la préserver des autres,de garder Chantal éternellement »

Celle-ci, une fille droite, généreuse, avait de la vie du couple une idée exigeante, inspirée par son éducation chrétienne. Mais ce qui est surtout à retenir ici, c'est l'attitude des parents de la victime.

Devant la cour, le père de Chantal dépose : « Je suis sûr qu'elle est dans la vie , dans la joie.

Je suis d'abord un père, ensuite un catholique, et je veux faire passer cela dans ma vie. J'ai été peiné par le départ de Chantal, mais je sais qu'elle est heureuse. Mon souci, aujourd'hui, c'est Frédéric. Je ne serai pas plus ému si c'était un de mes fils qui se trouvait à sa place. Je veux l'aider pour que sa vie ne soit pas gâchée. Mon souci, c'est son avenir quand il sera sorti. J'ai prié pour lui ; voilà ».

Les jurés (sept femmes, deux hommes), saisis ne cherchent pas à cacher leur émotion. Elle s'accroît encore lorsqu'ils entendent la mère de chantal.

« Quand on est chrétien, on ne juge pas. J'ai pardonné. Puis, j'ai reçu une lettre de Frédéric me demandant pardon. J'ai voulu aller au-delà : rencontrer les parents de Frédéric, partager avec eux cette situation  terrible. C'est Frédéric qui a besoin d'aide ».

La mère de Chantal se tourne alors vers Frédéric, qui essuie ses larmes : « Vous savez que vous n'êtes pas seul ». Ils se regardent, leurs visages esquissent un pâle sourire, plus éloquent que tous les mots.

Au cours du procès ; Frédéric fait savoir au président qu'il a demandé à son avocat de ne pas plaider pour ne pas blesser les parents de Chantal. Dans son réquisitoire, l'avocat général déclare : « Jamais nous n'avons entendu de paroles aussi belles dans cette enceinte de justice. Mais je présente la société. Le décalogue dit : »Tu ne tueras point… «   » Il requiert dix ans de réclusion criminelle.

Avant la délibération du jury (qui prononcera une peine de cinq ans), c'est l'accusé, Frédéric, qui conformément à la règle, a droit au dernier mot : «je voudrais être digne de la confiance des parents de Chantal  ».

  Cf. La croix ,10 octobre 1984.

Père Vincent De Paul
Homélie du Dimanche 18 février 2007

                                                                    


21/02/2007
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